Les ambassadeurs

Renforcer la coopération avec le Mali

Myriam, Enseignante

Mali - Université

Partir en Afrique subsaharienne avec Erasmus+ ? C’est possible ! Myriam Pagis, 55 ans, est professeure agrégée de chimie à l’université Grenoble-Alpes. En 2018, elle est partie une semaine au Mali, pour travailler avec ses pairs de l’Université des Sciences et Techniques de Bamako.

Comment avez-vous découvert la possibilité de partir au Mali via Erasmus+ ?
J’en ai entendu parler grâce à notre vice-présidente Relations internationales. Je ne savais pas que les enseignants, personnels administratifs et même les étudiants pouvaient partir en Afrique subsaharienne avec une bourse Erasmus+, qui est plutôt connue pour financer des mobilités européennes. La première fois, cela surprend un peu ! Pourtant, je m’occupe de la coopération avec le Mali depuis plusieurs années.

Vous connaissiez donc déjà le Mali ?
Oui, j’y étais déjà allée six fois. L’université Grenoble-Alpes propose depuis 2000 un programme d’accueil de boursiers d’excellence : des étudiants maliens recrutés sur concours viennent étudier 5 à 8 ans en France. Le but est de former des cadres maliens scientifiques (80% des boursiers) et économistes (20%). Ils suivent leur L1 et L2 dans notre université avant de poursuivre leur cursus dans des grandes écoles ou à l’université. Nous avons également signé des accords de partenariat en Sciences (filières conjointes, aide à la création de DUT, etc.) avec l’université de Bamako, l’école normale supérieure de Bamako et la nouvelle université à Ségou.

Quel était l’objet de votre demande de financement en 2018 ?
La situation politique au Mali depuis 2012 (entre 2012 à 2013, des groupes indépendantistes ainsi que des groupes terroristes prennent le contrôle du Nord du pays ; et en mars 2012, un coup d’Etat est déclaré) avait affaibli ces coopérations. Il s’agissait de les relancer. Erasmus+ nous a octroyés 35 000 euros sur deux ans pour développer les mobilités Nord-Sud et Sud-Nord. Nous enregistrons pour le moment deux mobilités Nord-Sud – dont moi – et neuf mobilités Sud-Nord. La région Auvergne-Rhône-Alpes et l’ambassade de France à Bamako nous ont également aidés financièrement.

En quoi a consisté votre voyage ?
J’y suis restée une semaine, en juin 2018. Il s’agissait de travailler sur l’habilitation de la Licence de Chimie à la faculté des sciences et techniques de Bamako. Nous avons donc construit la maquette, les unités d’enseignement, développé la partie expérimentale des formations, etc. Parallèlement, j’ai pu beaucoup échanger avec mes collègues maliens sur leur expérience et leur pédagogie ; j’ai rencontré l’ambassadrice de France ainsi que le directeur de l’enseignement supérieur au Mali.

Pourquoi n’y a-t-il que deux départs Nord-Sud, contre neuf dans l’autre sens ?
La principale raison est la sécurité au Mali. Ceux qui sont déjà partis savent à quoi s’attendre et partent confiants. Mais les nouveaux collègues ont encore du mal, d’autant qu’il y a beaucoup de normes à respecter pour recevoir l’accréditation de notre université.

Pourtant, vous y êtes allée plusieurs fois. Que dites-vous à vos collègues qui hésitent ?
La préparation du dossier est peut-être plus compliquée que pour une mobilité européenne, mais après, on travaille dans de très bonnes conditions. La coopération avec le Mali créé des liens qui perdurent bien après la mission. Elle permet aux Maliens d’avoir des contacts avec nos labos de recherche, ce dont ils ont besoin pour écrire des articles et accéder à du matériel qu’ils ne trouvent pas dans leur pays. Et puis les enseignants maliens ont le souci d’intégrer leurs étudiants dans un cursus international : la France propose des masters qui n’existent pas au Mali et les étudiants ont besoin d’avoir ce lien avec la France pour être préparés au système international.

Professionnellement, que vous a apporté ce voyage ?
Il a eu un impact sur ma pédagogie car j’ai pu discuter avec des collègues maliens qui ont des problématiques différentes. Cela questionne notre enseignement et cela fait relativiser les problèmes que je rencontre en France. L’accueil y est formidable, et je me souviens que lorsque nous travaillions sur l’habilitation de la Licence, cela se faisait toujours dans la bonne humeur. Malgré les difficultés, tout a l’air plus facile chez eux !

 

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