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Les ambassadeurs

Avoir un handicap et partir étudier à l’étranger

Eric, Etudiant

Italie - Etude

Eric est en situation de handicap, ce qui ne l'a pas empêché de partir 1 an en Erasmus à Gênes. Il vous raconte tout de cette expérience inoubliable!

Je m’appelle Eric Ferrere, je suis étudiant en langues (L3 LLCER Bilangue-Biculture Espagnol-Italien). Mes passions sont multiples : langues, programmation informatique, sortir, voyager et sports de combat. Je suis aussi en fauteuil roulant manuel depuis une dizaine d’années en raison d’un handicap moteur. Et j’ai effectué un Erasmus à Gênes.

J’ai eu deux logements à Gênes, le premier était dans les hauteurs, résidence universitaire italienne avec une connexion internet très limitée et des horaires à respecter pour les entrées et sorties en voiture (je suis parti avec ma propre voiture en Erasmus). J’ai très rapidement demandé à changer, je suis allé dans une autre résidence en bas de la ville sur le port avec internet illimité, et bien sûr une zone plate. Mon deuxième quartier était vraiment à mon goût, une grande partie de mes voisins étaient arabes (avec quelques turcs, chinois et roumains), j’avais un restaurant sénégalais à côté et à deux cents mètres un bar international.

« Je parlais quatre langues quotidiennement, j’adorais ça ! »

Les déplacements ont été ma plus grosse difficulté. Dans un premier temps j’ai trouvé, je crois, les deux stations essences où le sans-plomb coûtait plus cher en Italie qu’en France métropolitaine (mes amis italiens ne me croyaient pas !). Ensuite, les transports en commun me refusaient presque toujours l’accès que je sois seule ou avec un ami. Une fois, des amis espagnols ont même empêché un bus de partir car celui-ci refusait de me prendre. Sinon, pour aller en cours, l’université de Gênes m’a payé un taxi tous les jours pour le seul trajet maison-fac. La ville étant verticale, les autres solutions n’étaient pas viables. Pour les courses, les choses étaient plus simples : à 50 mètres, j’avais un marché couvert et en face un supermarché. Les prix étaient généralement plus faibles, à l’exception de la viande que je n’ai acheté qu’une seule fois : 15-20 € les quatre saucisses !

À Gênes, ce que j’ai le plus apprécié, ce sont les gens, bien sûr les Erasmus, mais aussi les locaux. Ma curiosité m’a rapidement amené à connaître énormément de personnes très différentes. Je voulais tout savoir ! Je passais tellement de temps à discuter avec les Espagnols et les Italiens  dans les deux langues, qu’à la longue j’ai pris un accent espagnol en italien et italien en espagnol. De fait les Espagnols me prenaient pour un Italien et les Italiens pour un Espagnol ! A la fin de l’année, mon accent espagnol avait presque disparut en italien et je parlais complètement…. avec les mains. Mon niveau d’italien avait énormément progressé. À partir du mois de février, lorsque les Italiens voulaient prendre un taxi, ils me passaient leur portable. La correspondante parlait très vite et personne ne la comprenait ; mais après six mois de taxis quotidiens, je comprenais très facilement. Finalement, je traduisais de l’italien pour les Italiens dans leur pays …. Situation un peu particulière mais marrante.

Piazza de Ferrari

Deux lieux m’ont énormément marqué pendant cette expérience : le port en face du Banano Tsunami où je me retrouvais très régulièrement le soir avec mes amis Erasmus et la Piazza De Ferrari avec sa fontaine, un lieu central de la vie de Gênes. J’ai l’impression de voir ces deux lieux avec toute leur vie encore aujourd’hui.

Si je devais comparer la France à l’Italie, il y aurait de très grandes différences.

« Pour commencer, je viens de l’une des villes les plus adaptées en France (Nantes) et je suis allé dans l’une des pires villes pour le handicap moteur en Italie (Gênes). »

En France, les aides économiques pour la vie quotidienne sont beaucoup plus élevées. Par contre tous les Italiens handicapés (avec un handicap fort) que j’ai rencontrés sur place m’ont dit ne rien payer pour leurs études (ni les frais scolaires, ni le logement, ni la nourriture).

L’autre différence est culturelle. Les Italiens sont de manière générale plus ouvert que les Français métropolitains. Etant à moitié créole, je suis habitué à la différence sociale, ce qui m’a certainement aidé à m’intégrer … Au bout de deux-trois jours dans le pays, je mangeais avec une dizaine d’Italiens. Enfin, sans pouvoir me l’expliquer, il était plus simple pour moi de me lier d’amitié avec les Italiens qu’avec les Français.

Dans mon cas, l’organisation du séjour Erasmus a été relativement complexe. Surtout qu’en plus de mon handicap, j’avais une cornée greffée sur mon oeil droit depuis moins d’un an. Mon université m’a dit de me renseigner seul auprès des universités étrangères pour mon handicap. Ma greffe récente me forçait à regarder les grandes métropoles. J’ai contacté toutes les universités dans leurs langues nationales pour avoir un maximum d’informations. Ensuite, comme tout le monde, j’ai passé la phase des sélections. Je n’ai pas été accepté en Espagne mais en Italie. Très vite, j’ai été convoqué par le bureau italien. J’y ai reçu ma première bonne nouvelle : j’avais le droit de partir où je voulais, sauf Trieste pour des raisons d’accessibilité. Puis j’ai été convoqué par le bureau central de l’université de Nantes pour m’expliquer les bourses auxquelles j’avais droit et être mis en relation avec le CROUS génois (l’ARSSU) pour le logement. Au cours de ce rendez-vous, je n’ai pas caché l’origine de mon handicap. On m’a donc demandé une autorisation médicale pour pouvoir partir en Erasmus, que j’ai obtenue en deux semaines. J’ai eu différentes aides financières  : ma famille, la région, l’Europe et enfin l’université de Gênes. Pour finir, l’ARSSU m’a aidé en acceptant ma demande de changement de résidence et en installant une chaise dans ma baignoire.

Port de GênesUne fois rentré d’Erasmus, je me suis engagé dans ESN. Mon engagement vient d’un manque -celui de la vie Erasmus – et d’une forme d’envie de rendre la pareille aux autres. ESN Genova m’avait beaucoup aidé pendant mon expérience, et je faisais déjà partie de l’association ESN Nantes-Autour du Monde avant de partir. J’ai donc naturellement rejoint les fondateurs d’ESN Aix-en-Provence. Six mois plus tard, j’ai rejoint le programme ExchangeAbility France en tant que coordinateur national, presque par hasard. La coordinatrice nationale italienne (Daniela Pastore) m’y avait sensibilisé l’année précédente et le président de ma section ESN m’a dit un jour qu’un projet handicap s’ouvrait à ESN France. J’ai donc postulé, sans trop y croire, et j’ai été élu. J’étais en même temps coordinateur du projet et trésorier d’ESN Aix-en-Provence. Mon mandat national m’a permis de rencontrer Dominique Montagnese, alors représentant national d’ESN France. Il m’a vraiment beaucoup soutenu dans mon travail. Un peu plus tard, Dominique a été élu Vice-Président du réseau européen et moi principal coordinateur sur Exchange Ability. J’ai pu travailler sur des projets d’ampleur européenne !

Si je devais associer un mot à mon Erasmus ça serait : « Ouverture ».