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Expérience

Alex Vizorek : « J’ai tout appris pendant mon Erasmus »

Le 20 juin 2017

Alex Vizorek est un humoriste belge, animateur et chroniqueur sur France Inter et France 5 notamment. Et c'est un ancien Erasmus ! Entretien.

Vous êtes humoriste, co-animateur de l’émission quotidienne « Si tu écoutes, j’annule tout » avec Charline Vanhoenacker, vous avez une chronique hebdomadaire dans la matinale de Patrick Cohen sur France Inter, une autre dans l’émission « C L’hebdo » sur France 5 ; vous êtes à l’affiche d’un spectacle intitulé « Alex Vizorek est une œuvre d’art ». Comment faites-vous pour tout concilier ?
J’adorerais pouvoir me clôner ! ça m’arrangerait fortement… En fait, je suis devenu organisé, par la force des choses. Et puis, j’ai une équipe : je travaille avec des co-auteurs. Je leur envoie des idées, ils m’en proposent, on échange… ça me permet de faire le plus de choses possibles. J’aime ça ! Et chaque chronique m’apporte quelque chose de différent. Je suis assez content de la façon dont tout cela se complète.

Vous avez toujours été aussi dynamique et organisé ? Comment étiez-vous, étudiant ?
En fait, j’étais plutôt mal organisé. Je faisais tout à la dernière minute – et ça n’a pas changé ! C’est le syndrome que tous les étudiants connaissent : « Ah ! si j’avais un jour de plus ». Mais malheureusement, il n’arrive jamais qu’un professeur dise : « OK, on va plutôt vous faire passer l’examen demain. » C’est un peu pareil ici, à France Inter. Du coup, ce côté « gestion de dernière minute » que je conservais de ma période étudiante, je le gère bien mieux aujourd’hui. Je sais gérer mon temps. Si vous me dites : « Il nous faut une chronique pour dans une heure », ce ne sera certes pas la meilleure de ma vie, mais je serai capable de l’écrire.

Vous avez effectué vos études à la Solvay Brussels School of Economics and Management. C’est à ce moment-là que vous êtes parti en Erasmus ?
Oui, le séjour à l’étranger était obligatoire. Je suis parti à Berlin. J’étais ravi. Erasmus permettait d’avoir un séjour bien organisé. Par la suite, j’ai fait des études de journalisme : nous étions une centaine d’étudiants et seulement dix d’entre nous pouvaient partir. Tandis qu’à Solvay, tout le monde partait. Et si vous n’aviez pas les moyens, vous partiez du côté néerlandophone de la Belgique, dans une autre université ! C’était plutôt chouette !
J’ai tout appris pendant mon Erasmus. C’est un peu un cliché, mais c’est vrai : je n’avais jamais cuit un œuf auparavant. Et puis, on découvre l’interaction sociale, on commence à organiser des soirées chez soi, etc. Je n’étais pas très sociable. Erasmus m’a aidé. J’ai aussi beaucoup regardé les chaines de télévision allemandes pendant mon séjour. Pour apprendre la langue, enrichir son vocabulaire, il n’y a pas mieux. J’ai aussi lu des livres, des journaux. Au bout d’un moment, l’allemand est devenu une langue naturelle pour moi. Même si ça reste une langue compliquée…

Pendant ce séjour, qu’avez-vous appris sur l’Allemagne, sur Berlin ?
Je ne suis même pas sûr d’avoir été en Allemagne avant mon Erasmus. Au départ, j’avais demandé à partir au Mexique ou au Pérou, et l’Europe n’arrivait qu’en 3ème et 4ème choix : Berlin et Vienne. Mais comme seuls les bons élèves partaient en dehors de l’Europe, je suis parti à Berlin… Partir en Allemagne, c’était pour moi l’occasion d’apprendre une autre langue. C’était un chouette défi et le pays m’intriguait assez. Le père de ma copine de l’époque était Allemand. Je me suis dit : « Je vais essayer d’impressionner mon beau-père ! »
J’ai adoré Berlin ! C’est la troisième ville dans laquelle j’ai passé le plus de temps dans ma vie, après Bruxelles et Paris ! Je me suis attaché à cette ville, aux commerçants de mon quartier. Le kebab n’est pas le même à Berlin et Bruxelles, et pourtant, ça s’appelle un kebab dans les deux villes; le climat, les horaires : tout change. On se recrée un « quotidien », certes d’Erasmus, mais auquel on s’attache. C’est le premier « quotidien » qu’on se fabrique soi-même, un « quotidien » qui n’est pas dicté par sa famille.

Et qu’avez-vous découvert de vous pendant votre Erasmus ?
J’ai découvert l’indépendance. A cette époque, je ne savais pas quand cette indépendance allait arriver… Et puis il n’y a pas de crise du logement à Berlin, j’ai trouvé un appartement assez rapidement. C’est une ville très ouverte, étudiante.
Je ne m’étais pas réellement posé la question comme ça jusqu’ici, mais peut-être que sans mon séjour Erasmus, ma vie aurait été différente… De manière générale, si on est un peu malin, toutes les expériences servent. Erasmus amène une ouverture d’esprit. Quand il a été question de venir ensuite à Paris pour intégrer le cours Florent, je n’ai pas eu à réfléchir. Et si c’était à refaire, je referais exactement la même chose !

Plus généralement, votre séjour Erasmus vous a-t-il permis de découvrir ce que l’Europe pouvait vous apporter, apporter aux citoyens européens en général ?
Les Belges sont instinctivement tournés vers l’Europe. On nous en parle beaucoup. Peu de Bruxellois ne sont jamais allés à Amsterdam, Paris, Düsseldorf ou Londres. Je n’avais pas besoin d’une image de l’Europe. Et à Bruxelles, on parle au moins deux langues, c’est un peu instinctif. Mais, pour quelqu’un qui n’a pas cette expérience, se retrouver à une table avec des Polonais, des Espagnols, des Allemands, des Italiens, etc., c’est très marrant. Et ça nous prouve que de nombreux liens nous unissent. Quand j’ai fait mon Erasmus, la Pologne n’avait pas encore intégré l’Union européenne ! Aujourd’hui, son appartenance à l’Europe est une évidence ! J’ai aussi connu le changement de monnaie, l’arrivée de l’Euro. Grâce à l’Euro, aller à Paris est devenu aussi simple qu’aller à Liège : pas de changement de monnaie, pas besoin de papiers d’identité, pas de changement de langue. C’est plutôt chouette d’avoir une identité européenne ! Je me sens profondément Bruxellois, Belge, Francophone, Européen.
D’autres anciens Erasmus ont eu une expérience très différente, pour qui Erasmus était extrêmement dépaysant. J’ai un ami qui est parti un an en Pologne : le Polonais est une langue incompréhensible de prime abord et la culture est très différente. Mais il a beaucoup aimé aussi ! Quand on part longtemps à l’étranger, la peur d’être rejeté existe… Mais j’espère que grâce à Erasmus, les gens accepteront de faire le saut, surtout dans des conditions exceptionnelles. D’après ce que j’ai entendu autour de moi, les universités se plient en quatre pour bien accueillir les étudiants.

Vous faites partie de la « Génération Erasmus ». De votre point de vue, comment sera l’Europe dans quelques années ?
Je veux bien admettre qu’il faille trouver une manière de vivre ensemble – le cas de la Grèce l’a prouvé. Mais, finalement, l’Europe n’est qu’une grande coloc’ : un appartement où une grande chambre appartient à l’Allemagne, une autre à la France ; des plus petites chambres appartiennent à d’autres pays. Certains ont de grandes chambres bien qu’ils n’en aient pas les moyens, tandis que d’autres ont des petites chambres et sont très riches… Et puis on ne peut pas mettre la mer entre chaque pays. Géographiquement, l’Europe existera toujours. J’espère que ce sera aussi le cas « philosophiquement ». Bien sûr, il existera toujours des frictions entre les pays. Il faut discuter avec des gens plus âgés, dont certains ont connu la guerre et se sont battus ensuite pour la construction européenne. Ils considèrent l’Europe comme un aboutissement et une fierté. Il faut entendre ces voix-là. En fait, je passe mon temps à la défendre, même inconsciemment : dans notre émission sur France Inter, Charline et moi ouvrons une autre fenêtre, avec la vision d’un autre pays. C’est aussi faire, d’une certaine manière, la publicité de l’Europe !

 

Vous pouvez retrouver le portrait d’Alex Vizorek dans l’ouvrage  « Ils ont fait Erasmus » paru aux Editions de La Martinière, publié à l’initiative de l’Agence Erasmus + France / Education Formation et de la Fondation Hippocrène, à l’occasion des 30 ans d’Erasmus.

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